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Politique d'achats responsables : par où commencer quand on est une collectivité ?

20 mars 2026 par
DMNG Conseil

La commande publique, levier discret d'une transformation majeure

200 milliards d'euros. C'est le poids annuel de la commande publique en France. Un chiffre qui donne le vertige, et qui devrait aussi donner des idées. Car derrière chaque marché passé par une mairie, un département ou une intercommunalité, il y a des choix : des matériaux sourcés quelque part, des entreprises sélectionnées selon certains critères, des conditions de travail impliquées, un impact environnemental assumé ou ignoré.

La bonne nouvelle, c'est que les acheteurs publics disposent aujourd'hui d'un arsenal juridique solide pour faire de ces choix des leviers de transformation réelle. La moins bonne, c'est que beaucoup ne savent pas par où commencer. La commande publique durable intimide : elle semble technique, contraignante, chronophage. Alors on reporte. On attend. On se dit qu'on verra "quand ce sera obligatoire".

Sauf que c'est déjà obligatoire. Et ça le sera encore plus dès août 2026.

Cet article s'adresse à toutes les collectivités qui veulent structurer leur politique achats responsables sans se perdre dans la complexité. Pas de grande théorie, pas de jargon inutile : une méthode concrète, des étapes claires, et les bons réflexes pour avancer.

Sommaire

  1. La commande publique, levier discret d'une transformation majeure
  2. Quelles obligations légales s'imposent aux collectivités en matière d'achats responsables ?
  3. Par où commencer concrètement une politique d'achats responsables en collectivité ?
  4. Comment réaliser un diagnostic achats dans une collectivité ?
  5. Quelles familles d'achats prioriser en premier ?
  6. Quels leviers juridiques permettent d'intégrer des exigences durables dans un marché public ?
  7. Quelles sont les erreurs à éviter dans une démarche d'achats durables ?
  8. Comment structurer sa démarche d'achats responsables en 6 étapes ?
  9. Ce que vous faites demain commence par une décision aujourd'hui
  10. Questions fréquentes


Quelles obligations légales s'imposent aux collectivités en matière d'achats responsables ?

Depuis 2022, toutes les collectivités doivent intégrer une clause environnementale dans 100 % de leurs marchés, et sociale dans 30 %.


Avant de parler méthode, un point de contexte s'impose, parce qu'il change tout à l'urgence de la démarche.

Le Plan National des Achats Durables (PNAD) 2022-2025 fixe des objectifs précis : 100% des contrats de la commande publique devront intégrer au moins une considération environnementale, et 30% au moins une considération sociale. Ce ne sont pas des vœux pieux. Ce sont des objectifs de politique publique, portés au niveau national, avec un calendrier.

La loi Climat et Résilience va plus loin encore, en prévoyant la généralisation de ces exigences avec une mise en conformité renforcée à partir de août 2026. Autrement dit, ce qui relevait encore il y a quelques années de la démarche volontaire et vertueuse est en train de devenir une exigence structurelle.

Pour les acheteurs publics, ce cadre a une double implication. D'un côté, il légitime et sécurise les démarches engagées : vous n'agissez pas contre le droit, vous agissez dans son sens. De l'autre, il ferme définitivement la porte à l'attentisme. La question n'est plus "faut-il le faire ?" mais "comment s'y prendre, concrètement, avec les ressources dont on dispose ?"


Par où commencer concrètement une politique d'achats responsables en collectivité ?

Une politique achats responsables débute par un élu référent, un pilote interne et 3 familles d'achats prioritaires, pas par une grande stratégie.


C'est le premier réflexe à corriger : croire qu'une politique d'achats responsables commence par une grande stratégie. En réalité, elle commence par une gouvernance légère, un ancrage politique clair, et une ambition réaliste.

Ce que cela signifie en pratique : un élu référent sur le sujet, une note d'orientation simple, et un objectif de départ formulé clairement, du type "verdir et socialiser progressivement nos achats les plus importants". Rien de plus, au départ. Mais ce cadrage politique change tout, parce qu'il donne une légitimité aux équipes pour agir, questionner les pratiques existantes et mobiliser les parties prenantes internes.

Car c'est bien là l'enjeu transversal de la commande publique durable : elle ne concerne pas uniquement le service marchés. Elle engage aussi les services prescripteurs, qui définissent les besoins ; les directions techniques, qui fixent les spécifications ; les services financiers, qui arbitrent les budgets. Laisser le sujet au seul service achats, c'est le condamner à rester marginal.

La bonne posture de départ, c'est donc une gouvernance partagée, même informelle, construite autour d'un pilote identifié et d'un périmètre de départ volontairement restreint. Pas tout, pas tout de suite. Quelques familles d'achats, quelques marchés pilotes, et une montée en charge progressive.


Comment réaliser un diagnostic achats dans une collectivité ?

Inventoriez marchés, montants, familles et fournisseurs sur 12 à 24 mois. Ce diagnostic révèle les angles morts et oriente les premières priorités.


C'est la base de toute politique achats responsables solide : on ne peut pas transformer ce qu'on ne connaît pas.

La première étape concrète est donc un diagnostic achats, sur une période de 12 à 24 mois. L'objectif est de cartographier l'existant : liste des marchés passés, montants, familles d'achats, fournisseurs principaux, clauses déjà utilisées, poids budgétaire par catégorie. L'ADEME recommande précisément cette approche par inventaire et regroupement par familles, pour identifier les impacts environnementaux réels et les fournisseurs stratégiques.

Ce travail de diagnostic n'est pas une formalité administrative. Il est révélateur. Il fait apparaître les angles morts, les marchés récurrents sur lesquels personne n'a jamais questionné le besoin, les segments où la dépendance à un fournisseur est trop forte, ou les catégories où des clauses durables auraient pu être intégrées depuis longtemps sans difficulté particulière.

Il permet aussi de mesurer l'écart entre ce qui existe et ce qui devrait exister, ce qui est indispensable pour définir des priorités réalistes plutôt que des ambitions déconnectées du terrain.


Quelles familles d'achats prioriser en premier ?

Croisez poids financier, impact et faisabilité pour retenir 3 à 5 familles. Nettoyage, restauration et informatique sont souvent les meilleurs points d'entrée.


Une fois le diagnostic réalisé, la tentation est grande de vouloir tout transformer en même temps. C'est une erreur classique, et elle coûte cher en énergie et en crédibilité.

La méthode qui fonctionne, c'est la priorisation sur 3 à 5 familles d'achats maximum au démarrage. Pour les identifier, trois critères doivent être croisés : le poids financier de la famille, son impact environnemental ou social, et la facilité relative de mise en œuvre. Ce croisement permet de concentrer les efforts là où ils produisent le plus d'effet visible, ce qui est essentiel pour maintenir la dynamique interne et convaincre les sceptiques.

Dans une collectivité, les segments qui reviennent le plus souvent comme points d'entrée pertinents sont l'entretien et le nettoyage, la restauration collective, l'informatique, les véhicules et les travaux. Ce ne sont pas des règles absolues : chaque structure a ses particularités. Mais ce sont des familles où les leviers durables sont nombreux, bien documentés, et souvent plus faciles à activer qu'il n'y paraît.

Prenons un exemple concret. Une mairie souhaite renouveler son parc informatique. Au lieu de rédiger simplement "achat de 50 PC", elle peut reformuler le besoin en intégrant dès la définition la durée de vie souhaitée, les exigences de réparabilité, les performances énergétiques, les conditions de reprise en fin de vie, les modalités de maintenance, et éventuellement le recours au réemploi pour certains usages. Le besoin n'est pas plus complexe à exprimer. Mais il change radicalement ce que le marché va produire comme réponse.

C'est précisément l'esprit de l'achat responsable : agir sur le besoin avant d'agir sur le critère de prix.


Quels leviers juridiques permettent d'intégrer des exigences durables dans un marché public ?

Le Code offre 7 leviers durables : sourcing, définition du besoin, spécifications techniques, conditions d'exécution, critères d'attribution et allotissement.


les 7 leviers juridiques durables du Code de la commande publique pour les acheteurs publics

L'une des idées reçues les plus répandues chez les acheteurs publics est de croire que l'achat durable se résume à ajouter un critère "environnemental" dans la grille de notation. C'est mieux que rien. Mais c'est loin d'être suffisant, et surtout, c'est loin d'être le seul outil disponible.

Le Code de la commande publique offre en réalité une palette d'intervention à chaque étape du marché. Au moment du sourcing, il est possible d'explorer le marché fournisseur, de rencontrer des acteurs de l'économie sociale et solidaire, d'identifier les certifications pertinentes. Au moment de la définition du besoin, on peut questionner la nécessité même de l'achat, envisager le réemploi ou la mutualisation. Dans les spécifications techniques, des exigences de performance environnementale peuvent être intégrées directement. Dans les conditions d'exécution, des clauses d'insertion professionnelle ou des obligations de reporting carbone peuvent être imposées. Dans les critères d'attribution, la pondération donnée aux aspects durables peut être significative. Et dans la structure du marché, l'allotissement peut favoriser l'accès des TPE et PME locales.

Le principe juridique à toujours garder en tête : chaque exigence durable doit rester liée à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution, et proportionnée. Une exigence déconnectée du besoin réel expose à des recours et fragilise la procédure.

Sur le volet social, il ne faut surtout pas réduire l'approche aux seules clauses d'insertion. Le périmètre est bien plus large : accès des TPE et PME, soutien à l'économie sociale et solidaire, égalité femmes-hommes, commerce équitable, marchés réservés à certains opérateurs. Pour une collectivité, c'est ce périmètre élargi qui donne à la démarche sa cohérence et sa crédibilité.


Quelles sont les erreurs à éviter dans une démarche d'achats durables ?

Trois pièges reviennent régulièrement. Les identifier, c'est déjà s'en protéger.

Le premier, c'est de copier des clauses "toutes faites" sans les adapter au contexte du marché. Une clause durable qui n'a pas de lien réel avec l'objet du contrat n'est pas seulement inefficace : elle est juridiquement fragile. Les exigences doivent être pensées pour chaque marché, pas importées mécaniquement d'un modèle générique.

Le deuxième piège, c'est de réduire l'achat responsable à un critère de notation en fin de procédure. Une bonne démarche commence bien plus tôt : au moment où la collectivité questionne le besoin, structure ses lots, prépare son sourcing et organise le suivi d'exécution. La notation n'est qu'un outil parmi d'autres, pas le cœur de la démarche.

Le troisième, c'est de laisser le sujet exclusivement au service marchés. La commande publique durable ne fonctionne pas en silo. Elle demande une implication active des prescripteurs, des directions techniques et de la direction générale. Sans ce portage transversal, les bonnes intentions restent lettre morte.

Le piège du critère de notation isolé représente l'erreur la plus fréquente que nous observons : présent dans 7 dossiers sur 10 lors de nos audits initiaux.

Comment structurer sa démarche d'achats responsables en 6 étapes ?


Pour répondre clairement à la question "par où commencer ?", voici une feuille de route en six étapes, applicable quelle que soit la taille de la structure :

  1. Cadrer la démarche : fixer une ambition politique claire, nommer un pilote interne, définir un périmètre de départ limité et réaliste.

  2. Réaliser un diagnostic achats : analyser les dépenses sur 12 à 24 mois, identifier les familles d'achats, les fournisseurs récurrents et les clauses déjà utilisées.

  3. Choisir les familles prioritaires : retenir 3 à 5 segments en croisant impact, poids financier et faisabilité plutôt que vouloir tout traiter en même temps.

  4. Outiller les équipes : créer des fiches réflexes, des modèles de clauses adaptés, des grilles d'analyse du besoin et des check-lists de critères durables.

  5. Tester sur des marchés pilotes : lancer 2 ou 3 consultations avec des exigences environnementales et sociales bien calibrées, pour apprendre et ajuster.

  6. Mesurer et améliorer : suivre le nombre de marchés intégrant une clause verte ou sociale, analyser les résultats obtenus, et construire une montée en charge progressive.

feuille de route en 6 étapes pour structurer une politique d'achats responsables en collectivité

Ce plan n'est pas théorique. C'est la logique que promeuvent les guides publics les plus sérieux, de l'ADEME à l'OECP. Et c'est ce qui fonctionne dans les collectivités qui avancent vraiment sur le sujet.

Ce que vous faites demain commence par une décision aujourd'hui

Il n'existe pas de moment parfait pour lancer une politique d'achats responsables. Il existe des décisions, des pilotes, et des premiers marchés. L'échéance réglementaire de août 2026 approche vite, mais elle n'est pas une menace : c'est une opportunité de structurer une démarche qui a du sens, pour les territoires, pour les fournisseurs, et pour les équipes qui la portent.

La transformation de la commande publique ne se fait pas par décret interne ni par bonne volonté isolée. Elle se construit, étape par étape, avec méthode et pragmatisme.

Vous souhaitez être accompagné dans la structuration de votre politique achats responsables ? DMNG Conseil accompagne les collectivités de toutes tailles dans la mise en place de démarches d'achats durables, conformes au cadre juridique et adaptées à leurs réalités opérationnelles. Contactez-nous pour en discuter.

Questions fréquemment posées

Oui, et de plus en plus. Le PNAD 2022-2025 fixe un objectif de 100% des contrats avec au moins une considération environnementale. La loi Climat et Résilience renforce ces exigences avec une échéance de mise en conformité à partir du 22 août 2026. L'attentisme n'est plus une option viable.

Par un diagnostic simple et un périmètre restreint. Même sans ressources dédiées, il est possible d'identifier 2 ou 3 familles d'achats prioritaires et de lancer des marchés pilotes. L'essentiel est d'avoir un pilote interne identifié et un minimum de portage politique.

Non, à condition qu'elles soient proportionnées et liées à l'objet du marché. C'est le principe juridique fondamental : une exigence durable bien construite ne restreint pas la concurrence, elle la structure autrement.

Oui. La taille de la structure ne conditionne pas la pertinence de la démarche, elle en conditionne l'ampleur. Une commune de 5 000 habitants peut très bien intégrer des exigences de réparabilité dans son achat de matériel informatique ou une clause d'insertion dans un marché de travaux, sans dispositif complexe.

Un critère environnemental intervient dans la notation des offres, il départage les candidats. Une condition d'exécution, elle, s'impose à tous : c'est une obligation que le titulaire du marché devra respecter pendant toute la durée du contrat. Les deux sont utiles, mais ils n'agissent pas au même moment ni de la même façon.

Sources

Legifrance. (2024). Code de la commande publique – Article L3-1. 

https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000043962560

Legifrance. (2018). Code de la commande publique – Article L2111-1. 

https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000037703452/

Portail des achats durables. (2023, 20 décembre). Guide sur les aspects sociaux de la commande publique. 

https://achats-durables.gouv.fr/guide-aspects-sociaux-commande-publique-72

AURA-EE. (2024). Commande publique durable & transition écologique [Guide]. 

https://www.auvergnerhonealpes-ee.fr/fileadmin/user_upload/AuraEE_GuideCommandePublique_MI_min.pdf

ADEME. (2026, 18 janvier). Achat public : adoptez une stratégie plus responsable. 

https://agirpourlatransition.ademe.fr/collectivites/conseils/gestion-collectivite/achat-public

Portail des achats durables. (2024, 30 juillet). Les ressources de l’ADEME. 

https://achats-durables.gouv.fr/ressources-lademe-352

Intercommunalités de France. (2023). Les intercommunalités, pilotes d’une commande publique responsable [Guide]. 

https://www.intercommunalites.fr/app/uploads/2023/01/Interco-de-F-2023-guide-cmd-publique-responsable.pdf

Direction des affaires juridiques. (2023). Guide sur les aspects sociaux de la commande publique [PDF]. 

https://www.achatpublic.info/sites/default/files/document/documents/guide_sur_les_aspects_sociaux_de_la_commande_publique_-_daj_.pdf


DMNG Conseil 20 mars 2026
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