Nettoyer, c'est prendre soin. Des espaces, des personnes, des collectivités. Mais derrière ce geste du quotidien se cachent des réalités bien plus complexes : impacts sur la santé, pression sur les ressources naturelles, émissions de substances chimiques, gestion des déchets. La propreté et le développement durable ne sont pas deux univers séparés. Ils sont, aujourd'hui plus que jamais, profondément liés.
En France comme en Europe, les attentes évoluent. Les pouvoirs publics, les donneurs d'ordre privés et les citoyens scrutent désormais les pratiques des entreprises du secteur avec un regard neuf. Nettoyer mieux, c'est aussi nettoyer plus sainement et plus sobrement. Cet article explore les enjeux sanitaires et environnementaux de la propreté, et propose des pistes concrètes pour concilier efficacité, santé et responsabilité.
1. La propreté est-elle un enjeu de santé publique ?
Les produits d'entretien dégradent l'air intérieur et exposent agents et usagers à des irritants, allergènes et composés volatils dangereux.
1.1 Les produits de nettoyage polluent-ils l'air intérieur ?
Oui. Les produits d'entretien émettent des COV qui irritent les voies respiratoires et peuvent aggraver l'asthme, surtout dans les espaces mal ventilés.
Les produits d'entretien courants (sprays, détergents, désinfectants, produits à base de solvants) peuvent émettre des composés organiques volatils (COV) qui dégradent sensiblement la qualité de l'air intérieur. Ces substances irritantes ou allergisantes peuvent provoquer des maux de tête, des irritations des voies respiratoires, des réactions cutanées, des crises d'asthme ou aggraver des pathologies existantes, en particulier chez les enfants, les personnes âgées et les personnes asthmatiques.
L'Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS) et les Agences Régionales de Santé (ARS) rappellent régulièrement que l'air intérieur est souvent plus pollué que l'air extérieur, et que les produits ménagers en sont une cause significative. Le Ministère de la Santé insiste d'ailleurs sur le rôle des matériaux et des produits utilisés dans les espaces clos pour améliorer cette qualité.
Ce constat vaut pour tous les environnements : domiciles, bureaux, écoles, établissements de santé. Dans des espaces à faible renouvellement d'air, les concentrations de polluants peuvent atteindre des niveaux préoccupants en l'espace de quelques heures seulement.
1.2 Les agents d'entretien sont-ils particulièrement exposés aux risques sanitaires ?
Oui. Surdosage, mélanges dangereux et manque de ventilation les exposent quotidiennement à des risques respiratoires et cutanés chroniques.
Les professionnels du secteur de la propreté sont, de tous, les plus exposés. Ils manipulent quotidiennement des produits chimiques, parfois en grande quantité, dans des espaces pas toujours bien ventilés, et avec des équipements de protection qui ne sont pas systématiquement adaptés.
Une étude publiée par le réseau PRSE Occitanie sur les produits d'entretien et la qualité de l'air intérieur (CORTEA, 2019) met en lumière les risques liés à l'usage excessif ou mal dosé de ces produits dans des environnements professionnels. Parmi les pratiques les plus risquées : le mélange de produits incompatibles, le surdosage chronique, l'absence de ventilation pendant et après le nettoyage.
La réponse à ces enjeux ne repose pas uniquement sur les individus. Elle passe par des procédures claires, une formation rigoureuse des équipes, le choix de produits moins dangereux et une organisation du travail qui intègre vraiment la santé des agents comme une priorité.
2. Quels sont les impacts environnementaux du secteur de la propreté ?
Le nettoyage génère émissions GES, écotoxicité aquatique et déchets plastiques à chaque étape du cycle de vie des produits utilisés.
Au-delà de la santé humaine, les pratiques de nettoyage ont un impact direct sur l'environnement. Cet impact est souvent invisible, diffus, mais bien réel, et il commence bien avant que le flacon ne soit ouvert.
2.1 Quel est le vrai coût environnemental d'un produit de nettoyage ?
Le coût environnemental couvre fabrication, transport, formulation et fin de vie, pas seulement l'usage. Chaque étape génère un impact mesurable.
L'Agence de la Transition Écologique (ADEME) rappelle que l'évaluation environnementale d'un produit d'entretien ne peut pas se limiter à son usage. Il faut considérer l'ensemble de son cycle de vie : extraction des matières premières, processus de fabrication, transport, utilisation et fin de vie.
À chaque étape, des impacts se cumulent : émissions de gaz à effet de serre, consommation d'énergie, écotoxicité aquatique (notamment via les tensioactifs et les conservateurs qui se retrouvent dans les eaux usées), pression sur les ressources naturelles. Certains produits, même biodégradables, peuvent perturber les écosystèmes aquatiques pendant leur dégradation.
C'est pourquoi l'ADEME insiste sur l'importance des labels environnementaux comme outil d'orientation pour les acheteurs professionnels comme particuliers. Un produit certifié a été évalué sur l'ensemble de sa chaîne de valeur, pas seulement sur son efficacité nettoyante.
2.2 Les emballages de produits ménagers sont-ils un problème écologique majeur ?
Flacons non recyclables et suremballages génèrent des volumes importants de déchets. La réglementation européenne 2024 durcit les exigences sur les emballages.
Le secteur du nettoyage génère une quantité considérable de déchets d'emballage. Flacons en plastique, bouchons non recyclables, suremballages : la question du conditionnement est devenue centrale dans les débats sur la transition écologique du secteur.
La Commission Européenne a publié en 2024 de nouvelles règles pour rendre les détergents plus sûrs et plus durables, intégrant des exigences renforcées sur la recyclabilité des emballages, la réduction des substances dangereuses et la biodégradabilité des formulations. Ces évolutions réglementaires ne sont pas anodines : elles redessinent progressivement les exigences auxquelles devront répondre les fabricants, mais aussi les acheteurs professionnels.
Sur le terrain, des solutions existent déjà : recharges liquides concentrées, formats solides (pastilles, savons), emballages consignés. Ces alternatives permettent de réduire sensiblement le volume de plastique tout en maintenant l'efficacité des produits.
2.3 Le nettoyage professionnel consomme-t-il beaucoup d'eau et d'énergie ?
Oui. Températures élevées, rinçages prolongés et matériels obsolètes alourdissent l'empreinte des opérations : réductible sans compromis sur l'hygiène.
Le nettoyage est aussi consommateur d'eau et d'énergie. Dans les environnements professionnels (hôtellerie, restauration, santé, industrie agroalimentaire ) les volumes en jeu sont substantiels. Les températures élevées utilisées pour la désinfection, les rinçages prolongés, les matériels obsolètes : autant de leviers sur lesquels il est possible d'agir pour réduire l'empreinte environnementale des opérations de nettoyage.
La sobriété n'est pas synonyme de compromis sur l'hygiène. Au contraire, une démarche de propreté bien pensée, avec des équipements adaptés (systèmes de dosage précis, matériels à vapeur sèche, microfibres réutilisables), permet souvent d'obtenir de meilleurs résultats avec moins de ressources.
3. Comment rendre ses pratiques de nettoyage plus durables concrètement ?
Produits labellisés, juste dosage, aération et microfibres réutilisables : quatre leviers concrets et accessibles pour une propreté plus durable.
Concilier propreté, santé et durabilité n'est pas une utopie. C'est une démarche structurée, progressive, qui repose sur des choix concrets à chaque niveau : le produit, la pratique, l'organisation.
3.1 Comment choisir un label environnemental fiable pour les produits de nettoyage ?
L'Écolabel Européen et NF Environnement sont les références fiables : certifications indépendantes couvrant tout le cycle de vie du produit.
Le marché regorge d'allégations écologiques plus ou moins fiables. Face à cette multiplication des labels, il est important de s'appuyer sur des certifications reconnues et vérifiées.
L'Écolabel Européen est l'une des références les plus solides pour les produits de nettoyage. Il garantit que le produit respecte des critères stricts sur l'ensemble de son cycle de vie : biodégradabilité, limitation des substances dangereuses, emballage, dosage. La norme NF Environnement propose une certification équivalente au niveau national français.
Ces labels sont de plus en plus souvent exigés ou valorisés dans les cahiers des charges des marchés publics et privés. Pour les entreprises du secteur, ils constituent à la fois un gage de qualité et un argument commercial différenciant.
3.2 Quelles pratiques du quotidien réduisent l'impact environnemental du nettoyage ?
Juste dosage, aération et microfibres réutilisables réduisent l'impact environnemental du nettoyage professionnel sans compromis sur l'hygiène.
La meilleure formulation ne suffit pas si elle est mal utilisée. Le gaspillage par surdosage est l'une des principales sources d'impact inutile à la fois économique et environnemental. Un produit concentré utilisé à la bonne dose est systématiquement plus efficace et moins polluant qu'un produit dilué utilisé en excès.
Parmi les pratiques à encourager :
Aérer les locaux avant, pendant et après les opérations de nettoyage pour limiter l'accumulation de substances dans l'air intérieur
Utiliser des microfibres réutilisables à la place des supports jetables, pour une réduction significative des déchets
Adapter la méthode au support plutôt que de systématiquement recourir à des produits chimiques (nettoyage mécanique, vapeur, friction)
Opter pour des produits multiusages afin de réduire le nombre de références et les risques de mélange
Ces évolutions ne nécessitent pas d'investissements lourds. Elles demandent surtout une volonté de formation et d'adaptation des habitudes.
3.3 Une démarche RSE est-elle utile pour une entreprise de propreté ?
La RSE améliore les conditions de travail des agents et renforce la position de l'entreprise face aux exigences croissantes des donneurs d'ordre.
Pour les entreprises du secteur, l'engagement en faveur d'une propreté durable prend souvent la forme d'une démarche RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises). Cela signifie intégrer des indicateurs environnementaux et sociaux dans le pilotage de l'activité : empreinte carbone des produits utilisés, taux de déchets générés, qualité des conditions de travail des agents, politique d'achats responsables.
Le Plan de Transformation Écologique de l'État, via le programme Services Publics Écoresponsables (SPE), pousse d'ailleurs les administrations à intégrer ces critères dans leurs propres pratiques d'achat. Ce mouvement irrigue progressivement l'ensemble de la chaîne : les donneurs d'ordre publics deviennent des prescripteurs de durabilité pour leurs prestataires.
4. Pourquoi la RSE est-elle devenue stratégique dans les marchés publics de propreté ?
Le Code de la Commande Publique impose des critères RSE depuis 2021. Les entreprises de propreté sans démarche structurée sont désormais désavantagées.
Il ne s'agit plus seulement de faire les choses bien. Il s'agit de pouvoir le prouver, l'expliquer et le défendre face à des acheteurs de plus en plus exigeants.
4.1 Quels critères RSE les acheteurs publics regardent-ils dans un appel d'offres de nettoyage ?
Labels produits, équipements économes, conditions de travail des agents et capacité à rendre compte via des indicateurs : ce sont les quatre axes scrutés.
Depuis plusieurs années, la place accordée aux critères environnementaux et sociaux dans les appels d'offres publics ne cesse de croître. Ce phénomène est directement lié à l'évolution du cadre réglementaire, notamment la loi AGEC sur l'anti-gaspillage, le Code de la Commande Publique et les circulaires sur les achats responsables, mais aussi à une prise de conscience plus large des acheteurs.
Dans les marchés de prestations de nettoyage, cela se traduit concrètement par des exigences portant sur : la nature des produits utilisés (labels, biodégradabilité, absence de substances CMR), les équipements (matériels économes en eau et en énergie), les pratiques managériales (formation des agents, conditions de travail, taux de turn-over) et la capacité à rendre compte (rapports d'impact, indicateurs de suivi).
Une entreprise qui n'a pas anticipé ces exigences se retrouve en position de faiblesse face à des concurrents mieux structurés, même si sa prestation opérationnelle est de qualité.
4.2 Comment structurer sa démarche RSE pour gagner des appels d'offres dans le secteur de la propreté ?
Cartographier ses pratiques actuelles, fixer trois axes mesurables et documenter les preuves : c'est la méthode pour une RSE crédible en appel d'offres.
C'est ici que le fossé se creuse. Beaucoup d'entreprises du secteur disposent déjà de bonnes pratiques environnementales et sociales mais ne savent pas les formaliser, les valoriser, ni les défendre dans le cadre d'un appel d'offre. Elles ont une RSE vécue, mais pas encore une RSE structurée.
Les erreurs les plus fréquentes : produire un document RSE générique non adapté à l'activité, citer des engagements sans indicateurs concrets, ou présenter une démarche construite en urgence qui sonne creux face à un acheteur averti.
Ce qui fait réellement la différence, c'est une démarche RSE comprise, incarnée par les équipes, et défendable dans la durée. Pas un dossier de plus. Une vision que l'entreprise a co-construite et qu'elle sait expliquer avec ses propres mots.
C'est précisément ce qu'accompagne DMNG Conseil : aider les TPE, PME et associations du secteur de la propreté à construire ou structurer leur démarche RSE pour qu'elle devienne un véritable levier de compétitivité dans les marchés publics et privés.
Conclusion
La propreté durable n'est pas une contrainte supplémentaire imposée par des régulateurs lointains. C'est une réponse cohérente aux défis de notre époque : protéger la santé des travailleurs et des usagers, préserver les ressources naturelles, réduire les émissions polluantes et construire une économie plus sobre.
Pour les entreprises du secteur, c'est aussi une opportunité. Celles qui anticipent les exigences environnementales et sociales, qui structurent leur démarche RSE avec méthode et sincérité, se positionnent favorablement dans un marché où la différenciation par la qualité seule ne suffit plus.
Vous êtes une entreprise du secteur de la propreté et vous souhaitez structurer votre démarche RSE pour mieux répondre aux appels d'offres ? DMNG Conseil vous accompagne à chaque étape, de la compréhension des enjeux à la formalisation d'une stratégie crédible et défendable. Contactez-nous.
Sources
World Health Organization. (2024). Health-care waste. https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/health-care-waste
World Health Organization. (2022). Guidance on solid waste and health. https://www.who.int/tools/compendium-on-health-and-environment/solid-waste
Ministère de la Santé et de la Prévention. (2025). Qualité de l'air intérieur : comment agir ? Recommandations. https://sante.gouv.fr/sante-et-environnement/batiments/article/qualite-de-l-air-interieur-comment-agir-recommandations
ADEME. (2020). Produit d'entretien et nettoyage : impacts environnementaux et labels. https://librairie.ademe.fr/economie-circulaire-et-dechets/3997-produit-d-entretien-et-nettoyage-impacts-environnementaux-et-labels.html
ADEME. (2019). Impact des produits d'entretien sur la qualité de l'air intérieur. https://librairie.ademe.fr/societe-et-politiques-publiques/875-impact-des-produits-d-entretien-sur-la-qualite-de-l-air-interieur.html
European Commission. (2024). EU Ecolabel: Cleaning. https://environment.ec.europa.eu/topics/circular-economy-topics/eu-ecolabel/product-groups-and-criteria/cleaning_en
European Commission. (2024). New rules for safer and more sustainable detergents. https://ec.europa.eu/newsroom/growth/redirection/item/928592
Ministère de la Transition écologique. (2023). Services publics écoresponsables (SPE). https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/plan-transformation-ecologique-letat-services-publics-ecoresponsables-spe
Réseau PRSE Occitanie / CORTEA. (2019). Synthèse — Impact des produits d'entretien sur la qualité de l'air intérieur. https://www.occitanie.prse.fr/IMG/pdf/synthese-cortea-impact-produits-entretien-qualite-air-interieur-2019.pdf