Pourquoi les achats responsables sont-ils un levier stratégique ?
Les achats représentent jusqu’à 80 % des émissions indirectes. Les structurer permet de réduire l’impact et piloter concrètement la performance RSE.
Pendant longtemps, les achats ont été perçus comme une fonction d’optimisation des coûts. Une mécanique discrète, presque technique. Pourtant, derrière chaque fournisseur, chaque contrat, chaque matière première, se cache une réalité bien plus lourde : entre 50 et 80 % des émissions indirectes d’une entreprise proviennent des achats.
Dans ce contexte, parler d’achats responsables sans parler de mesure revient à naviguer sans boussole. Les attentes se multiplient. Clients, donneurs d’ordres publics, investisseurs et bientôt régulateurs ne se contentent plus d’engagements déclaratifs. Ils veulent des preuves, des trajectoires, des résultats.
C’est ici que tout bascule. Fixer des objectifs achats responsables ne relève pas d’un exercice de communication. C’est un acte de pilotage. Une manière d’ancrer la responsabilité dans le réel, dans le mesurable, dans le concret.
L’enjeu n’est plus de savoir s’il faut agir, mais comment structurer cette action pour qu’elle produise des effets tangibles.
Pourquoi faut-il chiffrer ses objectifs d’achats responsables ?
Chiffrer ses objectifs permet de piloter les actions, prioriser les ressources et démontrer des résultats concrets auprès des parties prenantes.

Les entreprises avancent, mais souvent à tâtons. Le 15ème Baromètre ObsAR Opinion Way de 2024 le souligne clairement : seule une minorité d’organisations dispose aujourd’hui d’un véritable système de mesure de la performance de ses achats responsables.
Ce chiffre n’est pas anodin. Il révèle un décalage entre les intentions affichées et la capacité réelle à piloter une transformation.
Car sans indicateurs, tout devient approximatif. Les décisions se prennent à l’instinct. Les arbitrages manquent de fondement. Et surtout, les résultats restent impossibles à démontrer.
Chiffrer ses objectifs remplit alors trois fonctions essentielles.
D’abord, crédibiliser la démarche. Un engagement quantifié rassure. Il donne de la consistance aux discours et renforce la confiance des parties prenantes, qu’il s’agisse de clients, de fournisseurs ou d’acteurs publics.
Ensuite, piloter efficacement. Les objectifs permettent de prioriser les actions, d’allouer les ressources au bon endroit et d’éviter la dispersion.
Enfin, communiquer avec transparence. Dans un contexte où les exigences de reporting RSE se renforcent, pouvoir démontrer des progrès concrets devient un avantage décisif, notamment dans les réponses aux appels d’offres.
Sans chiffres, la responsabilité reste une intention. Avec eux, elle devient une trajectoire.
Comment réaliser un diagnostic des achats responsables ?
Un diagnostic repose sur trois piliers : cartographie des achats, évaluation des impacts et analyse des fournisseurs pour identifier les priorités.

Avant de fixer un cap, encore faut-il savoir d’où l’on part. Trop d’organisations brûlent cette étape et se retrouvent à définir des objectifs déconnectés de leur réalité opérationnelle.
Le diagnostic constitue pourtant la fondation de toute démarche crédible.
Il commence par une cartographie des achats. L’idée est simple en apparence : regrouper les dépenses par grandes familles comme le transport, l’IT, les matières premières ou encore les services. En pratique, cet exercice permet de visualiser où se concentrent les volumes et donc, potentiellement, les impacts.
Vient ensuite l’évaluation de ces impacts. Chaque catégorie d’achat porte des enjeux différents, qu’ils soient environnementaux, sociaux ou éthiques. Identifier ces enjeux permet de hiérarchiser les priorités et d’éviter une approche uniforme qui dilue les efforts.
Le troisième pilier concerne les fournisseurs. Qui sont-ils ? Quelles sont leurs pratiques ? Sont-ils certifiés ? Engagés dans des démarches RSE ? Cette photographie du panel fournisseurs offre une vision claire du niveau de maturité existant.
Pour structurer cette analyse, plusieurs outils existent. L’ADEME met à disposition des ressources accessibles, notamment pour analyser les familles d’achats et évaluer les performances fournisseurs. L’Analyse du Cycle de Vie apporte quant à elle une lecture plus fine de l’impact réel des produits, de leur conception jusqu’à leur fin de vie.
Ce travail peut sembler exigeant. Il l’est. Mais il transforme une ambition vague en une base solide sur laquelle construire des objectifs pertinents.
Comment fixer des objectifs achats responsables efficaces ?
Des objectifs efficaces sont SMART : spécifiques, mesurables, atteignables, réalistes et définis dans le temps pour guider l’action.

Une fois le diagnostic posé, l’enjeu devient clair : passer de l’intention à l’action structurée.
La norme ISO 20400 ne laisse aucune ambiguïté à ce sujet. Elle insiste sur la ضرورة de définir des éléments de mesure et des indicateurs. Autrement dit, impossible de parler d’achats responsables sans parler de quantification.
Pour donner corps à cette exigence, la méthode SMART s’impose comme un cadre particulièrement efficace. Elle permet de formuler des objectifs qui ne se contentent pas d’être inspirants, mais qui deviennent réellement opérationnels.
Un objectif doit d’abord être spécifique. Il ne s’agit pas de viser une amélioration globale et floue, mais de cibler précisément une action, comme la réduction des emballages plastiques sur une catégorie d’achats donnée.
Il doit ensuite être mesurable. La transformation passe par des indicateurs clairs. Par exemple, réduire de 30 % le volume d’emballages d’ici une échéance définie.
L’objectif doit également être atteignable. Cela implique de tenir compte des ressources disponibles et de commencer là où l’impact sera le plus significatif, souvent sur les familles d’achats les plus importantes.
Il doit être réaliste, c’est-à-dire aligné avec la stratégie globale de l’entreprise, notamment en matière de décarbonation ou de responsabilité sociale.
Enfin, il doit être inscrit dans le temps. Une échéance précise crée une dynamique, structure les efforts et évite que les engagements ne s’étirent indéfiniment.
C’est dans cette logique que l’on peut véritablement fixer des objectifs achats responsables mesurables et atteignables, capables de guider l’action au quotidien.
Concrètement, cela peut se traduire par des engagements comme atteindre 100 % de fournisseurs stratégiques signataires d’une charte éthique dans un délai de deux ans, réduire de 20 % l’empreinte carbone des achats IT sur trois ans, ou encore augmenter significativement la part d’achats locaux.
À ce stade, une transformation s’opère. Les achats responsables ne sont plus une intention diffuse. Ils deviennent une mécanique structurée, orientée vers des résultats précis.
La suite repose désormais sur un autre défi : mesurer, suivre et ajuster.
Quels indicateurs suivre pour les achats responsables ?
Les principaux KPIs incluent fournisseurs évalués RSE, empreinte carbone des achats, part d’achats responsables et intégration de critères RSE.
Une fois les objectifs posés, une question s’impose presque immédiatement : comment savoir si l’on avance réellement ?
C’est ici que les indicateurs entrent en scène. Pas comme une contrainte administrative, mais comme un outil de lucidité. Ils permettent de distinguer les efforts engagés des résultats obtenus, et surtout d’éviter l’illusion du progrès.
L’Observatoire des Achats Responsables propose une grille de lecture structurée avec quatorze indicateurs de référence. Leur force tient dans leur équilibre. Ils couvrent à la fois les moyens déployés et les résultats atteints.
Du côté des fournisseurs, plusieurs indicateurs permettent de suivre la dynamique engagée. Le pourcentage de fournisseurs évalués sur des critères RSE donne une première indication du niveau de maîtrise. Le taux de signature d’une charte éthique traduit l’engagement formel du panel. Le nombre d’audits réalisés, lui, révèle le degré d’exigence.
Sur le plan environnemental, l’empreinte carbone des achats devient un repère central. Elle permet de quantifier concrètement l’impact des décisions d’achat. À cela s’ajoutent des indicateurs comme la part d’achats éco labellisés ou encore la prise en compte de la fin de vie des produits.
La dimension sociale n’est pas en reste. Le recours au secteur inclusif, comme les ESAT ou les entreprises adaptées, ainsi que la part d’achats locaux, donnent une lecture directe de l’ancrage territorial et de l’impact sociétal.
Enfin, le pilotage interne complète l’ensemble. Le pourcentage d’acheteurs formés aux enjeux responsables ou la part d’appels d’offres intégrant des critères RSE permettent d’évaluer la diffusion de la démarche dans l’organisation.
Ces indicateurs ne sont pas tous à suivre simultanément. L’enjeu est de sélectionner ceux qui font sens au regard des priorités identifiées. Trop d’indicateurs noient l’information. Les bons indicateurs, eux, éclairent la décision.
Comment suivre ses objectifs d’achats responsables ?
Le suivi repose sur un tableau de bord, une collecte de données fiable, des revues régulières et un reporting transparent interne et externe.
Fixer des objectifs et choisir des indicateurs ne suffit pas. Sans un système de suivi structuré, tout risque de s’essouffler.
Le premier levier réside dans la mise en place d’un tableau de bord. Qu’il prenne la forme d’un simple fichier ou d’un outil plus avancé comme Power BI ou un module intégré à un ERP, l’essentiel est ailleurs. Il doit centraliser les données clés et être accessible aux décideurs.
Encore faut-il que ces données soient fiables. Cela suppose de définir clairement qui collecte quoi, à quelle fréquence et à partir de quelles sources. Une collecte floue produit des chiffres contestables. Et des chiffres contestables fragilisent toute la démarche.
Le suivi passe également par des rituels. Des points réguliers, mensuels ou trimestriels, permettent de maintenir la dynamique. Ils offrent un espace pour analyser les écarts, ajuster les actions et partager les avancées.
La transparence joue enfin un rôle déterminant. En interne, elle mobilise les équipes en donnant du sens aux efforts fournis. En externe, elle renforce la crédibilité, notamment dans les réponses aux appels d’offres ou les rapports RSE.
Pour les collectivités, le SPASER propose un cadre particulièrement structurant. Il fixe des objectifs précis et organise leur suivi dans le temps. Bien au-delà du secteur public, ce modèle peut inspirer de nombreuses PME en quête de méthode.
Un bon pilotage ne repose pas sur la perfection. Il repose sur la régularité et la capacité à ajuster.
Qui impliquer dans une stratégie d’achats responsables ?
Une erreur fréquente consiste à traiter les achats responsables comme un sujet réservé aux équipes achats. En réalité, leur efficacité dépend de leur capacité à mobiliser un écosystème beaucoup plus large.
Les équipes internes jouent un rôle clé. Les prescripteurs, souvent à l’origine des besoins, influencent directement les choix. Les embarquer dès le départ permet d’éviter les incohérences et de renforcer l’impact des décisions.
Les fournisseurs sont tout aussi essentiels. Leur imposer des exigences sans dialogue conduit souvent à des blocages. À l’inverse, co construire des objectifs crée une dynamique d’engagement. Cela permet de définir des trajectoires réalistes et d’encourager l’innovation.
La direction générale, enfin, donne le ton. Sans alignement stratégique, les initiatives restent isolées. Lorsqu’elle s’implique, elle transforme les achats responsables en véritable levier de transformation.
C’est dans cette convergence que la démarche prend toute sa puissance. Elle cesse d’être un projet pour devenir un mouvement.
Quels bénéfices attendre des achats responsables ?
Au départ, la pression est souvent externe. Des exigences clients, des appels d’offres plus stricts, un cadre réglementaire qui se renforce.
Puis, progressivement, quelque chose change. Les entreprises qui structurent leur démarche découvrent un autre visage des achats responsables. Un levier d’optimisation. Un outil de différenciation. Une manière d’anticiper plutôt que de subir.
Les objectifs achats responsables deviennent alors bien plus qu’un exercice de conformité. Ils offrent une lecture fine des risques, révèlent des opportunités d’innovation et renforcent la résilience de l’organisation.
Ce basculement ne se fait pas en un jour. Il repose sur une méthode claire. Comprendre, structurer, mesurer, suivre et embarquer.
À ceux qui hésitent encore, une réalité s’impose. Dans un environnement où tout s’accélère, ce qui n’est pas piloté finit toujours par être dépassé.
Questions fréquemment posées
Voici quelques questions fréquentes sur notre entreprise.
Parce qu’ils permettent de transformer une intention en action mesurable. Sans objectifs précis, il devient impossible de piloter efficacement, de prioriser les efforts ou de démontrer des résultats concrets auprès des parties prenantes.
Les plus pertinents dépendent de votre activité, mais certains constituent une base solide : le pourcentage de fournisseurs évalués sur des critères RSE, l’empreinte carbone des achats, la part d’achats locaux et le taux d’intégration de critères RSE dans les appels d’offres.
Elle n’est pas obligatoire, mais fortement recommandée. Elle permet de formuler des objectifs clairs, réalistes et actionnables, ce qui augmente considérablement les chances de réussite.
Un suivi mensuel ou trimestriel est généralement adapté. L’essentiel est de maintenir une régularité pour détecter rapidement les écarts et ajuster les actions.
La clé réside dans la co construction. En associant les fournisseurs dès la définition des objectifs, il devient possible de fixer des trajectoires réalistes et de créer une relation basée sur la confiance plutôt que sur la contrainte.
Sources
ADEME. (2026, janvier 18). Achat public : adoptez une stratégie plus responsable. Agir pour la Transition. https://agirpourlatransition.ademe.fr/collectivites/conseils/gestion-collectivite/achat-public
AFNOR Groupe. (2026, février 11). Achats responsables – ISO 20400. https://www.afnor.org/achats-responsables/
Achats-durables.fr. (2024, décembre 30). Définir les objectifs d'une démarche d'achats durables. https://achats-durables.fr/definir-ma-strategie/articles/definir-les-objectifs-dune-demarche-dachats-durables/
Ekwato. (2024). Résultats du 15ème Baromètre des Achats Responsables ObsAR 2024. https://www.ekwato.com/resultats-du-15eme-barometre-des-achats-responsables-2024
Institut Supérieur de l'Environnement. (2025, octobre 1). ISO 20400 : intégrer la norme achats responsables à la RSE. https://institut-superieur-environnement.com/blog/iso-20400-integrer-la-norme-achats-responsables-a-la-rse/
ISO. (2017). ISO 20400:2017 – Achats responsables : Lignes directrices. Organisation Internationale de Normalisation. https://www.iso.org/fr/standard/63026.html
Manutan. (2019, septembre 18). Achats responsables : les 14 indicateurs clés. Blog Manutan. https://www.manutan.com/blog/fr/strategie-achats/achats-responsables-les-14-indicateurs-qui-mettent-tout-le-monde-daccord
Mytroc. (2023, janvier 17). Stratégie d'achats responsables : 6 étapes clés pour la mettre en place. https://mytroc.pro/economie-circulaire-integrer-strategie-achat/
ObsAR – Observatoire des Achats Responsables. (2026). Accueil – ObsAR. https://www.obsar.asso.fr
Silex. (2024, février 15). Performance des achats responsables : comment la mesurer ? https://silex-app.com/achats-responsables-comment-mesurer-sa-performance/